Et si une douleur chronique pouvait être entretenue, au moins en partie, par la manière dont le cerveau et le système nerveux réagissent au stress, aux émotions et à la peur de la douleur ? C’est l’une des idées centrales développées par le Dr John Sarno, médecin américain spécialisé dans la médecine de réadaptation, qui a consacré une grande partie de sa carrière à comprendre certaines douleurs chroniques persistantes en l’absence d’une lésion suffisamment importante pour les expliquer.
La méthode Sarno a suscité énormément d’intérêt chez les personnes souffrant de douleurs chroniques, notamment de douleurs dorsales, cervicales, articulaires ou musculaires. Son approche repose sur une idée particulièrement provocatrice pour son époque : certaines douleurs peuvent être liées à des mécanismes inconscients impliquant les émotions, le stress et le système nerveux, plutôt qu’à une détérioration progressive des tissus.
Mais que disait réellement John Sarno ? Peut-on vraiment guérir la douleur chronique avec la méthode Sarno ? Que signifie sa théorie de la « douleur corps-esprit » ? Et que peut-on raisonnablement retenir aujourd’hui de ses travaux à la lumière des connaissances modernes sur la douleur chronique et la neuroplasticité ?
Dans cet article, nous allons examiner en détail la méthode Sarno, la théorie de Sarno, le rôle des émotions dans la douleur chronique, le concept de TMS (Tension Myoneural Syndrome) et les principales étapes de l’approche développée par John Sarno, tout en distinguant ce qui constitue une idée intéressante de ce qui ne doit pas être considéré comme un diagnostic ou un traitement universel.
Qui était John Sarno ?
John E. Sarno était un médecin américain spécialisé en médecine de réadaptation. Il est devenu particulièrement connu pour son travail sur les douleurs chroniques, notamment les douleurs lombaires.
Au cours de sa carrière, il a observé des patients souffrant de douleurs importantes alors que les examens médicaux ne semblaient pas toujours fournir une explication suffisante à l’intensité ou à la persistance de leurs symptômes.
Cette observation l’a progressivement amené à développer une théorie selon laquelle certaines douleurs chroniques pouvaient être liées à des tensions émotionnelles inconscientes.
Il a appelé ce phénomène Tension Myoneural Syndrome, généralement abrégé en TMS.
Son approche a été popularisée par plusieurs livres, notamment Healing Back Pain, The Mindbody Prescription et The Divided Mind.
Son travail a rencontré un public important auprès de personnes qui avaient essayé de nombreuses solutions sans parvenir à obtenir une amélioration durable.
Qu’est-ce que la méthode Sarno ?
La méthode Sarno est une approche corps-esprit destinée à certaines personnes souffrant de douleurs chroniques que Sarno considérait comme liées au TMS.
Son idée fondamentale peut être résumée ainsi :
Dans certaines douleurs chroniques, le symptôme physique pourrait être entretenu par des mécanismes inconscients liés aux émotions, au stress ou à des conflits psychologiques.
Selon Sarno, le cerveau pourrait produire ou maintenir des symptômes physiques afin de détourner l’attention de certaines émotions difficiles à reconnaître ou à ressentir.
Dans sa théorie, le mécanisme ne serait donc pas simplement « psychologique » au sens où la personne imaginerait sa douleur.
La douleur serait réelle.
Ce qui changerait serait l’origine ou le mécanisme qui l’entretient.
La théorie de Sarno : la douleur comme mécanisme corps-esprit
Pour comprendre la théorie de Sarno, il faut abandonner une vision très simple du corps dans laquelle chaque douleur doit obligatoirement correspondre à une lésion visible.
La douleur est une expérience produite par le système nerveux à partir d’informations provenant du corps, mais aussi influencée par le contexte, les expériences passées, les émotions, l’attention et d’autres facteurs.
Sarno s’est appuyé sur cette idée pour développer sa propre explication des douleurs chroniques.
Selon lui, certaines personnes seraient particulièrement susceptibles de développer des symptômes physiques lorsqu’elles vivent des émotions difficiles ou réprimées.
La douleur deviendrait alors une sorte de mécanisme de protection permettant au cerveau de détourner l’attention de ces émotions.
Qu’est-ce que le TMS de John Sarno ?
Le TMS, ou Tension Myoneural Syndrome, constitue le concept central de la méthode Sarno.
Dans le modèle de Sarno, une personne peut ressentir une tension émotionnelle inconsciente qui entraîne des modifications physiologiques dans le corps.
Il considérait notamment que certaines douleurs musculaires, dorsales et autres symptômes physiques pouvaient être liés à ce processus.
Un élément essentiel de sa théorie était que le symptôme pouvait être réel et physique, même si son déclencheur ou son mécanisme était lié à des processus émotionnels inconscients.
Cette distinction est fondamentale.
Sarno ne disait pas simplement aux patients : « votre douleur est dans votre tête ».
Au contraire, il cherchait à leur faire comprendre que la douleur pouvait être une manifestation corporelle réelle d’un processus corps-esprit.
Pourquoi Sarno accordait-il autant d’importance aux émotions ?
John Sarno pensait que certaines personnes avaient tendance à réprimer ou à éviter des émotions considérées comme difficiles ou inacceptables.
Il évoquait notamment la colère, la peur, la tristesse, la frustration ou encore le sentiment d’être sous pression.
Dans son modèle, ces émotions pouvaient continuer à exister en arrière-plan sans être pleinement reconnues.
Le cerveau aurait alors recours à un mécanisme inconscient permettant de déplacer l’attention vers le corps.
La douleur deviendrait alors extrêmement réelle, mais son origine ne serait pas nécessairement une blessure structurelle.
Le rôle du stress dans la méthode Sarno
Le stress occupe une place importante dans la théorie de Sarno.
Le stress chronique peut provoquer de nombreuses modifications physiologiques : augmentation de la tension musculaire, perturbation du sommeil, augmentation de la vigilance et modification de différentes réponses du système nerveux.
Lorsqu’une personne vit constamment sous pression, son organisme peut rester dans un état de vigilance élevée.
Ce phénomène peut influencer la manière dont les sensations corporelles sont perçues et interprétées.
La vision moderne de la douleur reconnaît également que le stress peut influencer l’expérience douloureuse, même si cela ne signifie pas que toutes les douleurs chroniques sont causées par des émotions réprimées.
La peur de la douleur : un élément essentiel
L’une des idées les plus intéressantes à rapprocher des connaissances modernes est le rôle de la peur de la douleur.
Lorsqu’une personne souffre depuis longtemps, elle peut progressivement commencer à avoir peur de certains mouvements.
Elle peut penser :
- « Je vais me faire mal si je me penche. »
- « Mon dos est fragile. »
- « Je ne dois surtout pas porter quelque chose de lourd. »
- « Si la douleur revient, c’est que je suis en train d’abîmer mon corps. »
Ces croyances peuvent conduire à éviter certaines activités.
À court terme, l’évitement peut donner une impression de sécurité.
Mais à long terme, il peut contribuer à la diminution de la condition physique et à l’augmentation de la peur du mouvement.
Ce phénomène est aujourd’hui étudié sous différents concepts, notamment celui de kinésiophobie et de peur-évitement.
La méthode Sarno et la neuroplasticité
La neuroplasticité est un concept moderne qui permet de mieux comprendre certaines idées évoquées par Sarno, même si elle ne constitue pas une preuve de l’ensemble de sa théorie.
Le système nerveux possède la capacité de modifier son fonctionnement en fonction de l’expérience.
Cette capacité est essentielle à l’apprentissage.
Elle peut également participer à la persistance de certains symptômes douloureux.
Lorsqu’une douleur persiste, le système nerveux peut devenir plus sensible à certains signaux. Le cerveau peut également apprendre à associer certains mouvements, sensations ou situations à une menace.
La douleur peut alors persister même après la guérison d’une blessure initiale.
Cette compréhension moderne ne signifie pas que toutes les douleurs chroniques sont causées par des émotions inconscientes, mais elle montre pourquoi une douleur peut continuer à exister après la disparition ou la diminution d’une lésion initiale.
Pourquoi certaines personnes ressentent-elles encore de la douleur après la guérison d’une blessure ?
Imaginez que vous vous blessiez au dos en soulevant un objet.
Au départ, la douleur peut avoir une fonction protectrice parfaitement logique.
Vous réduisez vos mouvements et laissez le corps récupérer.
Mais plusieurs semaines plus tard, la blessure peut être largement guérie tandis que la douleur persiste.
Entre-temps, votre cerveau a peut-être appris que certains mouvements sont dangereux.
Vous avez peut-être cessé de vous pencher, évité de faire du sport ou commencé à surveiller constamment votre dos.
Chaque sensation devient alors potentiellement inquiétante.
Cette vigilance accrue peut renforcer l’attention portée à la douleur.
La méthode Sarno cherche précisément à modifier cette interprétation.
Le principe de « reprogrammer » la relation avec la douleur
La méthode Sarno ne repose pas uniquement sur une technique physique.
Elle cherche principalement à changer la manière dont la personne comprend sa douleur.
Selon Sarno, prendre conscience que les symptômes sont liés au TMS peut réduire la peur associée à la douleur.
La personne cesse progressivement de considérer chaque sensation comme la preuve d’une blessure ou d’une détérioration.
Cette nouvelle interprétation peut contribuer à réduire l’attention portée aux symptômes et à reprendre certaines activités.
Dans les approches modernes de la douleur chronique, la réduction de la peur et la reprise progressive des activités sont également considérées comme importantes dans de nombreuses situations.
Les principales étapes de la méthode Sarno
Il n’existe pas une procédure médicale standardisée unique correspondant à la « méthode Sarno ». Cependant, son approche peut être résumée autour de plusieurs principes.
1. Comprendre la théorie
La première étape consiste à apprendre comment Sarno expliquait les douleurs chroniques.
Cette compréhension est essentielle dans son approche.
Le patient devait notamment comprendre que la douleur n’était pas nécessairement la preuve d’une lésion structurelle grave.
2. Identifier les facteurs émotionnels
Sarno encourageait ses patients à examiner leur vie émotionnelle.
Il leur proposait de réfléchir aux situations susceptibles de générer colère, anxiété, frustration, pression ou ressentiment.
L’objectif n’était pas nécessairement de trouver un événement unique responsable de la douleur.
Il s’agissait plutôt de reconnaître les émotions qui pouvaient être ignorées ou réprimées.
3. Écrire sur ses émotions
L’écriture occupe une place importante dans les approches inspirées de Sarno.
Tenir un journal peut permettre d’explorer les situations stressantes et les émotions associées.
Vous pouvez par exemple vous demander :
- Qu’est-ce qui me met actuellement sous pression ?
- Quelles émotions ai-je tendance à éviter ?
- Qu’est-ce qui me met réellement en colère ?
- Quelles responsabilités me semblent trop lourdes ?
- Est-ce que je m’impose constamment des exigences très élevées ?
- Est-ce que je me sens obligé de tout contrôler ?
Ces questions peuvent être utiles pour mieux comprendre son expérience, mais elles ne doivent pas conduire à conclure automatiquement qu’une émotion est la cause d’une douleur particulière.
4. Réduire la peur du mouvement
Sarno encourageait généralement les patients à reprendre leurs activités normales plutôt qu’à protéger excessivement leur corps.
Cette idée est cohérente avec certaines approches modernes de rééducation : lorsqu’aucune contre-indication médicale n’existe, le mouvement progressif peut contribuer à restaurer la confiance et les capacités physiques.
5. Modifier les croyances liées à la douleur
Une partie importante du processus consiste à examiner certaines pensées automatiques.
Par exemple :
« J’ai mal donc je suis en train de me blesser. »
Cette conclusion n’est pas toujours correcte.
La douleur peut être influencée par de nombreux facteurs et son intensité ne reflète pas nécessairement l’importance d’une lésion.
La méthode Sarno peut-elle vraiment guérir la douleur chronique ?
C’est probablement la question la plus importante.
La réponse nécessite de la nuance.
Certaines personnes rapportent une amélioration spectaculaire après avoir découvert les idées de Sarno et changé leur manière d’interpréter leur douleur.
Ces témoignages sont intéressants, mais ils ne suffisent pas à démontrer que la méthode fonctionne pour toutes les personnes souffrant de douleurs chroniques.
Les données scientifiques concernant la méthode Sarno elle-même restent limitées et ne permettent pas de considérer cette approche comme un traitement universel ou comme une preuve que toutes les douleurs chroniques sont causées par des émotions réprimées.
Il serait donc excessif d’affirmer que la méthode Sarno peut guérir toutes les douleurs chroniques.
En revanche, certains principes de son approche rejoignent des concepts désormais bien étudiés : interaction entre cerveau et corps, influence du stress sur la douleur, peur-évitement, attention portée aux symptômes et importance du mouvement.
La méthode Sarno est-elle scientifique ?
Il faut distinguer deux choses.
D’une part, plusieurs idées générales sur lesquelles Sarno insistait sont compatibles avec les connaissances actuelles sur la douleur : la douleur est une expérience complexe, le cerveau joue un rôle central, le stress peut influencer les symptômes et une douleur persistante peut continuer même lorsque les tissus ont guéri.
D’autre part, certaines affirmations spécifiques de la théorie du TMS de Sarno sont plus controversées et ne sont pas établies comme des explications universelles de la douleur chronique.
Il est donc préférable de considérer la méthode Sarno comme une approche corps-esprit historique et une source de concepts intéressants, plutôt que comme un protocole médical démontré permettant de guérir toutes les douleurs chroniques.
La douleur est-elle « dans la tête » selon Sarno ?
Cette expression est particulièrement trompeuse.
Dire qu’une douleur est influencée par le cerveau ne signifie pas qu’elle est imaginaire.
Toute douleur implique le système nerveux et le cerveau, y compris une douleur provoquée par une fracture.
Le cerveau doit interpréter les informations provenant du corps afin de produire l’expérience consciente de la douleur.
Les émotions, les attentes, le contexte et l’attention peuvent également influencer cette expérience.
Une douleur influencée par des mécanismes cérébraux est donc une douleur réelle.
Le rôle de la peur dans les douleurs chroniques
La peur peut devenir un facteur important dans certaines douleurs persistantes.
Une personne qui pense que son dos est extrêmement fragile peut commencer à éviter de nombreux mouvements.
Elle bouge moins.
Ses muscles peuvent perdre progressivement de la force.
Son niveau de confiance diminue.
Elle devient davantage attentive à chaque sensation.
Et chaque sensation peut alors être interprétée comme une menace.
Ce cercle peut être représenté ainsi :
douleur → peur → évitement → perte de capacités → hypersensibilité → davantage de douleur.
Briser progressivement ce cercle constitue aujourd’hui une composante importante de nombreuses approches modernes de rééducation de la douleur.
La méthode Sarno et les douleurs dorsales
Les douleurs dorsales occupaient une place centrale dans le travail de Sarno.
Il considérait que certaines douleurs lombaires chroniques étaient liées au TMS plutôt qu’à des anomalies structurelles.
Cette idée a été particulièrement populaire parce que les anomalies visibles sur les examens d’imagerie ne correspondent pas toujours parfaitement à l’intensité des symptômes.
Par exemple, certaines anomalies discales peuvent être présentes chez des personnes qui ne ressentent aucune douleur.
Cela montre pourquoi une image médicale ne peut pas toujours expliquer à elle seule l’expérience douloureuse.
Mais cela ne signifie pas non plus qu’une anomalie structurelle est toujours sans importance.
Une évaluation médicale reste essentielle avant de conclure qu’une douleur est liée au TMS ou à un mécanisme nociplastique.
La méthode Sarno et les douleurs cervicales
Les douleurs cervicales peuvent elles aussi être influencées par le stress, la tension musculaire, le sommeil et la sensibilité du système nerveux.
Une personne très stressée peut inconsciemment augmenter la tension de certains muscles du cou et des épaules.
Si cette situation devient chronique, elle peut contribuer à l’inconfort.
Cela ne signifie pas que toutes les douleurs cervicales sont émotionnelles.
Une hernie discale, une blessure, une arthrose, une irritation nerveuse ou d’autres problèmes peuvent également provoquer une douleur cervicale.
La méthode Sarno et la fibromyalgie
La fibromyalgie est aujourd’hui souvent considérée dans le contexte des mécanismes nociplastiques.
Elle se caractérise notamment par des douleurs généralisées et peut s’accompagner de fatigue, de troubles du sommeil et d’une hypersensibilité sensorielle.
Certaines personnes souffrant de fibromyalgie peuvent trouver des éléments utiles dans les concepts corps-esprit associés à Sarno.
Cependant, il serait incorrect de réduire la fibromyalgie à des émotions réprimées ou au TMS.
La fibromyalgie est une condition complexe qui nécessite une approche médicale individualisée.
Que peut-on apprendre aujourd’hui de John Sarno ?
Même si certaines affirmations de Sarno restent controversées, plusieurs idées méritent d’être retenues.
La douleur n’est pas toujours proportionnelle aux lésions
L’intensité d’une douleur ne permet pas de mesurer directement l’importance d’une lésion.
Le cerveau participe à l’expérience douloureuse
La douleur est une expérience produite par le système nerveux à partir d’informations multiples.
Le stress peut influencer les symptômes
Le stress peut modifier le sommeil, la tension musculaire, l’attention et différents processus physiologiques susceptibles d’influencer la douleur.
La peur peut entretenir certains symptômes
La peur du mouvement et l’évitement peuvent contribuer au maintien de certaines douleurs chroniques.
Comprendre la douleur peut être thérapeutique
Une meilleure compréhension des mécanismes de la douleur peut réduire certaines peurs et permettre de reprendre progressivement des activités.
Ce qu’il faut éviter avec la méthode Sarno
La méthode Sarno peut être intéressante comme outil de réflexion, mais certaines erreurs sont à éviter.
Ne pas ignorer un symptôme sérieux
Une nouvelle douleur importante ne doit pas automatiquement être attribuée au TMS.
Une douleur peut avoir une cause médicale nécessitant une prise en charge.
Ne pas culpabiliser à cause de ses émotions
Si vous souffrez, cela ne signifie pas que vous avez mal parce que vous « gérez mal vos émotions ».
Les mécanismes de la douleur sont beaucoup plus complexes.
Ne pas arrêter brutalement un traitement médical
Si vous prenez des médicaments pour une douleur chronique, ne les interrompez pas brusquement sans en parler avec un professionnel de santé.
Ne pas forcer malgré une douleur inquiétante
La reprise de l’activité doit être progressive et adaptée. Certaines douleurs nécessitent au contraire une évaluation ou des précautions particulières.
Comment appliquer certains principes de la méthode Sarno au quotidien ?
Sans considérer la méthode Sarno comme une solution universelle, certains de ses principes peuvent inspirer une démarche personnelle.
Commencez par observer votre douleur sans immédiatement conclure qu’elle signifie une nouvelle lésion.
Demandez-vous ensuite ce qui se passait dans votre vie lorsque les symptômes se sont aggravés.
Votre sommeil était-il perturbé ?
Étiez-vous sous pression ?
Aviez-vous cessé de bouger ?
Aviez-vous peur d’aggraver votre condition ?
Ces questions ne servent pas à prouver que vos émotions sont responsables de votre douleur.
Elles permettent simplement de rechercher les différents facteurs susceptibles de l’influencer.
Un exercice inspiré de la méthode Sarno : le journal corps-esprit
Prenez quelques minutes par jour pour écrire ce que vous ressentez.
Vous pouvez diviser votre réflexion en trois parties :
1. Ce que je ressens physiquement
Décrivez précisément la douleur : localisation, intensité, qualité et évolution.
2. Ce que je vis actuellement
Notez les événements stressants, les responsabilités, les conflits ou les changements récents.
3. Ce que je ressens émotionnellement
Essayez d’identifier les émotions présentes : colère, frustration, peur, tristesse, pression, inquiétude ou fatigue émotionnelle.
Le but n’est pas de trouver une « émotion coupable ».
Il s’agit plutôt de développer une meilleure conscience de la relation entre votre état général et vos symptômes.
Pourquoi la compréhension peut-elle réduire la peur de la douleur ?
La douleur devient souvent plus inquiétante lorsqu’elle est incompréhensible.
Si chaque sensation est interprétée comme le signe d’une détérioration, le système nerveux peut rester en état d’alerte.
À l’inverse, comprendre qu’une douleur peut être influencée par plusieurs mécanismes peut diminuer certaines interprétations catastrophiques.
La personne peut alors progressivement retrouver confiance dans son corps.
Cette idée rejoint certains principes contemporains d’éducation à la douleur.
Questions fréquentes sur la méthode Sarno
Qu’est-ce que la méthode Sarno ?
La méthode Sarno est une approche corps-esprit développée par le Dr John Sarno pour certaines douleurs chroniques qu’il associait au Tension Myoneural Syndrome. Elle met notamment l’accent sur la compréhension de la douleur, les émotions, le stress et la réduction de la peur liée aux symptômes.
Peut-on guérir la douleur chronique avec la méthode Sarno ?
Certaines personnes rapportent une amélioration importante après avoir appliqué les principes de Sarno. Cependant, les preuves scientifiques spécifiques à la méthode restent limitées et elle ne doit pas être considérée comme un traitement garanti ou universel de la douleur chronique.
Qu’est-ce que le TMS selon John Sarno ?
Le TMS, ou Tension Myoneural Syndrome, est le concept développé par Sarno pour expliquer certaines douleurs physiques qu’il associait à des tensions émotionnelles inconscientes. Il considérait que les symptômes étaient réels mais pouvaient être entretenus par des mécanismes corps-esprit.
John Sarno disait-il que la douleur était imaginaire ?
Non. Sa théorie reposait justement sur l’idée que les symptômes étaient physiquement réels. Il proposait une explication différente de leur origine, en mettant l’accent sur les interactions entre émotions, cerveau et corps.
La colère peut-elle provoquer des douleurs chroniques ?
Les émotions peuvent influencer l’expérience de la douleur et le fonctionnement du système nerveux, mais il serait trop simpliste d’affirmer qu’une émotion particulière provoque directement une douleur spécifique chez tout le monde.
La méthode Sarno fonctionne-t-elle pour la fibromyalgie ?
Certaines personnes atteintes de fibromyalgie peuvent trouver utiles certains principes de l’approche corps-esprit, notamment la compréhension de la douleur et la réduction de la peur. Cependant, la fibromyalgie est complexe et ne doit pas être réduite au TMS ou aux émotions réprimées.
Quelle est la différence entre la méthode Sarno et la médecine traditionnelle ?
La méthode Sarno met particulièrement l’accent sur les interactions entre les émotions, le cerveau et les symptômes physiques. La médecine moderne cherche généralement à identifier différents mécanismes biologiques, psychologiques et sociaux et peut combiner plusieurs approches selon la situation.
La méthode Sarno : ce qu’il faut réellement retenir
La méthode Sarno a changé la manière dont de nombreuses personnes réfléchissent à la douleur chronique.
Son idée centrale était audacieuse : certaines douleurs persistantes pourraient être liées à des mécanismes corps-esprit plutôt qu’à une lésion structurelle continue.
Son concept de TMS mettait particulièrement l’accent sur les émotions inconscientes, la colère, le stress et la manière dont le cerveau pouvait produire des symptômes physiques réels.
Depuis, les connaissances scientifiques sur la douleur ont considérablement évolué.
Nous savons aujourd’hui que la douleur est une expérience complexe qui dépend de l’interaction entre les signaux provenant du corps, le système nerveux, le cerveau, le contexte, les expériences passées, les émotions, le sommeil et de nombreux autres facteurs.
Nous savons également que la douleur chronique peut persister même lorsqu’une blessure initiale a guéri et que l’intensité de la douleur n’est pas toujours proportionnelle à l’étendue d’une lésion visible.
Ces connaissances ne valident pas automatiquement toutes les affirmations de John Sarno. Elles permettent néanmoins de comprendre pourquoi certains éléments de son approche peuvent sembler pertinents pour certaines personnes.
La grande leçon à retenir n’est donc pas que « toutes les douleurs sont dans la tête ».
C’est plutôt que le corps et le cerveau ne fonctionnent jamais séparément.
Une douleur peut être parfaitement physique tout en étant influencée par le stress, le sommeil, les émotions, l’attention, les croyances et les expériences passées.
Comprendre cette relation peut permettre de sortir d’un cercle particulièrement difficile : douleur, peur, surveillance permanente du corps, évitement, perte de confiance et davantage de douleur.
Pour certaines personnes, apprendre à considérer la douleur avec moins de peur, reprendre progressivement leurs activités et explorer leur état émotionnel peut constituer une étape importante.
Pour d’autres, une cause médicale précise nécessitera un traitement spécifique.
La meilleure approche consiste donc à ne pas opposer « corps » et « esprit », mais à considérer la douleur comme un phénomène complexe dans lequel les deux sont profondément liés.
La méthode Sarno peut ainsi être considérée comme une approche historique importante dans l’évolution de la compréhension des douleurs chroniques, tout en gardant un regard critique sur les affirmations qui dépassent les données scientifiques disponibles.
Et peut-être que la question la plus utile à se poser n’est finalement pas seulement : « Pourquoi est-ce que j’ai mal ? »
Mais aussi :
« Qu’est-ce qui pourrait aujourd’hui entretenir ma douleur, et sur quels éléments puis-je progressivement agir ? »
Cette question ouvre la porte à une approche beaucoup plus large de la douleur chronique : comprendre ses mécanismes, réduire la peur, retrouver progressivement le mouvement, améliorer le sommeil, prendre en compte le stress et les émotions, et bénéficier d’un accompagnement médical adapté lorsque cela est nécessaire.
Cet article est fourni à titre informatif et éducatif. La méthode Sarno et le concept de TMS ne constituent pas un diagnostic médical universel. Une douleur nouvelle, intense, persistante ou inexpliquée peut avoir de nombreuses causes et mérite une évaluation appropriée. N’arrêtez pas un traitement médical et ne négligez pas des symptômes importants sur la seule base de la théorie de Sarno.
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