Vous savez peut-être que quelque chose vous fait souffrir, mais lorsque quelqu’un vous demande ce que vous ressentez, aucun mot ne vient. Vous avez envie de pleurer sans réussir à le faire. Vous êtes en colère, mais vous dites que tout va bien. Vous avez besoin de dire non, mais vous acceptez encore une fois. Et parfois, vous avez simplement cette étrange impression d’avoir beaucoup de choses à l’intérieur sans savoir comment les faire sortir.
Pourquoi les émotions refoulées sont-elles si difficiles à exprimer ?
Ce phénomène est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense. Certaines personnes ont appris très tôt à cacher leur tristesse, leur colère, leur peur ou leur vulnérabilité. D’autres ont vécu des expériences qui leur ont donné l’impression que montrer leurs émotions était dangereux, inutile ou susceptible de provoquer un rejet.
Avec le temps, ne pas exprimer ses émotions peut devenir automatique. On ne décide même plus consciemment de les retenir. On a simplement appris à fonctionner de cette manière.
Pourtant, refouler ou éviter constamment ses émotions ne signifie pas qu’elles disparaissent. Elles peuvent continuer à influencer les pensées, les comportements, les relations et parfois les réactions physiques.
Comprendre pourquoi il est si difficile d’exprimer certaines émotions permet déjà de changer la manière dont on les regarde.
Que signifie réellement avoir des émotions refoulées ?
Dans le langage courant, une émotion refoulée désigne généralement une émotion qui n’a pas été reconnue, exprimée ou pleinement vécue au moment où elle est apparue.
Il peut s’agir de colère que vous n’avez jamais osé montrer, de tristesse que vous avez appris à cacher, de peur que vous considérez comme une faiblesse ou encore d’un besoin affectif que vous n’avez jamais réussi à exprimer.
Le terme « refoulement » est également utilisé dans différents contextes psychologiques, avec des significations plus précises selon les approches. Il est donc préférable de ne pas considérer toute émotion difficile à exprimer comme la preuve d’un mécanisme psychologique particulier.
Ce que l’on peut observer plus simplement, c’est qu’une personne peut développer des habitudes d’évitement émotionnel : elle détourne son attention, minimise ce qu’elle ressent, se distrait, se coupe de ses émotions ou évite certaines situations qui pourraient les faire apparaître.
Et lorsqu’une telle stratégie est utilisée pendant des années, elle peut devenir profondément automatique.
Pourquoi certaines personnes apprennent-elles à cacher leurs émotions ?
Pour comprendre les émotions refoulées à l’âge adulte, il faut souvent regarder comment une personne a appris à gérer ses émotions pendant son enfance.
Un enfant ne sait pas naturellement comment gérer toutes les émotions qu’il ressent. Il apprend progressivement en observant les adultes qui l’entourent.
Si un enfant pleure et reçoit du réconfort, il peut apprendre que la tristesse peut être exprimée.
Si un enfant exprime sa colère et qu’un adulte l’aide à mettre des mots sur ce qu’il ressent, il peut apprendre que la colère peut être reconnue sans devenir dangereuse.
Mais si l’enfant est systématiquement humilié, ignoré ou puni lorsqu’il montre certaines émotions, il peut apprendre quelque chose de très différent.
Il peut apprendre :
- qu’il ne faut pas pleurer ;
- qu’il faut toujours être fort ;
- que la colère est interdite ;
- que montrer sa peur est honteux ;
- que parler de ses besoins dérange les autres ;
- qu’il vaut mieux garder ses problèmes pour soi ;
- qu’il faut faire plaisir aux autres pour être accepté.
À force de répétition, ces messages peuvent devenir des règles intérieures.
Des années plus tard, l’adulte peut alors avoir beaucoup de mal à exprimer ce qu’il ressent sans même comprendre pourquoi.
« Je ne sais pas ce que je ressens » : pourquoi cette phrase revient-elle si souvent ?
Certaines personnes savent qu’elles vont mal mais sont incapables de mettre un mot sur leur état intérieur.
Elles savent qu’elles sont tendues, fatiguées ou irritables, mais lorsqu’on leur demande si elles sont tristes, en colère, anxieuses ou blessées, elles ne savent pas répondre.
Cette difficulté peut avoir plusieurs causes.
Une personne qui a passé beaucoup de temps à ignorer ses émotions peut avoir perdu l’habitude de les identifier précisément.
Au lieu de reconnaître « je suis déçu », elle ressent simplement un malaise.
Au lieu de reconnaître « cette remarque m’a blessé », elle devient irritable.
Au lieu de reconnaître « j’ai peur d’être rejeté », elle cherche constamment à contrôler la situation.
L’émotion existe donc peut-être, mais elle n’est pas clairement identifiée.
Développer un vocabulaire émotionnel plus précis peut alors être une première étape importante.
Pourquoi est-il parfois plus facile de parler de tout sauf de soi ?
Vous connaissez peut-être quelqu’un qui peut parler pendant une heure des problèmes des autres mais qui devient très mal à l’aise lorsqu’on lui demande comment il va réellement.
Cette situation n’est pas rare.
Parler des autres permet de rester dans une position relativement confortable. Parler de soi implique davantage de vulnérabilité.
Il peut être beaucoup plus facile de donner des conseils que d’avouer : « J’ai peur », « je suis triste » ou « j’ai besoin d’aide ».
Chez certaines personnes, aider les autres devient même une manière de ne pas regarder leurs propres besoins.
Elles sont disponibles pour tout le monde, mais ne savent pas demander quelque chose en retour.
Elles écoutent les problèmes des autres, mais minimisent les leurs.
Elles savent parfaitement réconforter quelqu’un, mais sont incapables d’accepter elles-mêmes du réconfort.
Ce fonctionnement peut sembler généreux, mais il peut aussi cacher une difficulté à reconnaître ses propres besoins émotionnels.
La peur d’être jugé empêche souvent d’exprimer ses émotions
L’une des principales raisons pour lesquelles les émotions restent silencieuses est la peur du jugement.
« Que va-t-il penser de moi si je lui dis que je suis triste ? »
« Est-ce qu’il va me trouver faible ? »
« Est-ce qu’elle va penser que je suis trop sensible ? »
« Est-ce que je vais passer pour quelqu’un de fragile ? »
Ces questions peuvent suffire à faire taire une émotion avant même qu’elle soit exprimée.
La personne peut alors préférer présenter une image de maîtrise totale.
Elle dit que tout va bien.
Elle plaisante.
Elle change de sujet.
Elle se montre particulièrement rationnelle.
Mais intérieurement, quelque chose continue de se passer.
La peur du jugement peut être particulièrement forte lorsqu’une personne a déjà été ridiculisée ou rejetée pour avoir montré sa vulnérabilité.
Pourquoi la colère est-elle souvent refoulée ?
La colère est une émotion particulièrement intéressante parce qu’elle est souvent entourée d’interdits sociaux.
On apprend généralement qu’il ne faut pas être violent, agressif ou menaçant. C’est important.
Mais cela peut parfois être confondu avec l’idée qu’il ne faut jamais ressentir de colère.
Or, ressentir de la colère et agir de manière agressive sont deux choses différentes.
La colère peut apparaître lorsqu’une limite a été dépassée, lorsqu’une injustice est perçue ou lorsqu’un besoin important n’est pas respecté.
La réprimer complètement peut conduire une personne à ne jamais exprimer ses limites.
Elle accepte.
Elle encaisse.
Elle garde le silence.
Puis un jour, une situation relativement banale provoque une réaction extrêmement forte.
Ce n’est pas nécessairement parce que cette dernière situation est exceptionnelle.
Elle peut simplement être la goutte d’eau qui fait remonter toute la frustration accumulée.
La tristesse peut-elle également être difficile à exprimer ?
Oui.
La tristesse est parfois considérée comme une émotion qu’il faut rapidement faire disparaître.
Lorsqu’une personne traverse une période difficile, son entourage peut lui dire : « Il faut être fort », « pense à autre chose », « ça va passer » ou « il faut avancer ».
Ces phrases peuvent être bien intentionnées.
Mais si elles deviennent le seul moyen de gérer la souffrance, la personne peut apprendre qu’il n’est pas souhaitable de rester en contact avec sa tristesse.
Elle peut alors se distraire immédiatement lorsqu’elle commence à ressentir quelque chose.
Elle travaille davantage.
Elle regarde constamment des vidéos.
Elle sort.
Elle cherche constamment quelque chose à faire.
Elle évite les moments de silence.
Encore une fois, se distraire occasionnellement n’est pas un problème. Nous avons tous besoin de moments de légèreté.
La difficulté apparaît lorsque toute activité sert principalement à éviter ce que l’on ressent.
Pourquoi certaines personnes pleurent-elles très difficilement ?
Ne pas réussir à pleurer est parfois vécu comme une preuve que quelque chose est profondément bloqué.
Mais ce n’est pas nécessairement le cas.
Les personnes n’expriment pas toutes leurs émotions de la même manière. Certaines pleurent facilement, d’autres très rarement.
La personnalité, l’éducation, les habitudes culturelles, l’environnement et de nombreux autres facteurs peuvent influencer l’expression émotionnelle.
Il est donc inutile de se forcer à pleurer pour « libérer » une émotion.
Les larmes peuvent accompagner une expérience émotionnelle, mais elles ne constituent pas une obligation pour aller mieux.
Une personne peut ressentir profondément quelque chose sans pleurer.
L’objectif est plutôt d’apprendre à reconnaître et à accepter son expérience émotionnelle, quelle que soit la manière dont elle s’exprime.
Le rôle de la honte dans les émotions refoulées
La honte est différente de la culpabilité.
La culpabilité peut correspondre à l’idée : « J’ai fait quelque chose de mal. »
La honte peut davantage ressembler à : « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »
Cette distinction peut avoir des conséquences importantes.
Une personne qui ressent de la honte peut avoir peur que les autres découvrent ce qu’elle ressent réellement.
Elle peut cacher ses émotions non pas parce qu’elle ne les ressent pas, mais parce qu’elle pense qu’elles révèlent quelque chose de mauvais ou de honteux à son sujet.
Elle peut alors préférer tout garder à l’intérieur.
Dans certains cas, travailler sur cette honte peut être une étape importante pour retrouver davantage de liberté émotionnelle.
Les émotions refoulées peuvent-elles se manifester autrement ?
Lorsqu’une émotion est difficile à reconnaître ou à exprimer, elle peut parfois se manifester indirectement.
Une personne qui ne s’autorise jamais à ressentir sa colère peut devenir très irritable.
Une personne qui n’ose pas exprimer sa tristesse peut se sentir constamment épuisée ou avoir tendance à s’isoler.
Une personne qui ne reconnaît pas sa peur peut chercher à tout contrôler.
Une personne qui n’exprime jamais ses besoins peut accumuler du ressentiment envers les autres.
Mais attention : ces manifestations ne permettent pas de conclure automatiquement à la présence d’une émotion refoulée.
La fatigue, l’irritabilité, les tensions physiques, les troubles du sommeil ou les changements d’humeur peuvent avoir de nombreuses causes.
Il est donc important de ne pas interpréter systématiquement chaque symptôme comme la conséquence d’une émotion cachée.
Le lien entre émotions et sensations corporelles
Les émotions ont une dimension corporelle importante.
Lorsque vous avez peur, vous pouvez sentir votre cœur accélérer.
Lorsque vous êtes stressé, votre respiration peut devenir plus rapide ou plus superficielle.
Lorsque vous êtes en colère, vous pouvez ressentir des tensions dans la mâchoire, les épaules ou les bras.
Lorsque vous êtes triste, votre corps peut sembler plus lourd.
Ces réactions sont normales.
Mais elles ne signifient pas qu’une émotion est littéralement stockée dans un muscle ou coincée dans un organe.
On entend parfois dire que « la colère est stockée dans le foie » ou que « les émotions restent bloquées dans certaines parties du corps ». Ces affirmations ne doivent pas être prises comme des explications médicales établies.
Le lien entre le cerveau, le système nerveux, les hormones, les muscles et les sensations corporelles est bien réel, mais il est beaucoup plus complexe.
Une sensation physique persistante mérite donc d’être évaluée médicalement plutôt que d’être automatiquement attribuée à une émotion refoulée.
Pourquoi les émotions refoulées peuvent-elles réapparaître soudainement ?
Une émotion peut sembler avoir disparu pendant des années puis revenir dans une situation particulière.
Un événement actuel peut rappeler une expérience ancienne.
Une relation peut évoluer.
Une rupture peut faire remonter une ancienne peur d’abandon.
Un conflit professionnel peut réveiller le sentiment d’être constamment critiqué.
La naissance d’un enfant peut également amener certaines personnes à réfléchir différemment à leur propre enfance.
Ces situations ne créent pas nécessairement une nouvelle blessure.
Elles peuvent simplement attirer l’attention sur quelque chose qui était jusque-là peu conscient.
C’est pourquoi certaines émotions semblent parfois apparaître « de nulle part ».
Elles ont souvent un contexte, même si celui-ci n’est pas immédiatement évident.
Pourquoi certaines personnes deviennent-elles extrêmement rationnelles ?
La rationalisation peut parfois devenir une manière de prendre de la distance avec une émotion.
Au lieu de dire : « Cette situation me fait peur », la personne explique longuement pourquoi elle n’a aucune raison d’avoir peur.
Au lieu de reconnaître sa tristesse, elle analyse froidement tous les aspects de la situation.
Au lieu d’admettre qu’elle se sent rejetée, elle explique pourquoi la relation n’était probablement pas importante.
La réflexion n’est évidemment pas un problème.
La capacité à analyser une situation est précieuse.
Mais lorsqu’elle devient systématiquement une manière d’éviter le ressenti, elle peut empêcher la personne de reconnaître ce qui se passe émotionnellement.
On peut comprendre parfaitement pourquoi quelque chose s’est produit et continuer à être profondément affecté par cette expérience.
Le besoin de toujours « passer à autre chose »
Notre société valorise souvent la rapidité.
Il faudrait se remettre rapidement d’une rupture, reprendre rapidement le travail après une difficulté, oublier rapidement une déception et continuer à avancer.
Mais les émotions ne fonctionnent pas toujours selon ce calendrier.
Vouloir aller de l’avant peut être sain.
Mais « avancer » ne signifie pas nécessairement faire comme si rien ne s’était passé.
Parfois, avancer signifie reconnaître qu’une expérience nous a réellement affecté, comprendre ce dont nous avions besoin à ce moment-là et apprendre progressivement à répondre différemment à cette souffrance.
Comment savoir si vous refoulez vos émotions ?
Il n’existe pas de test permettant de confirmer à lui seul que vous avez des émotions refoulées.
Mais certains comportements peuvent vous inviter à réfléchir à votre relation avec vos émotions.
- Vous dites très souvent que tout va bien alors que vous vous sentez mal.
- Vous avez beaucoup de mal à demander de l’aide.
- Vous avez honte de montrer votre vulnérabilité.
- Vous évitez les conversations émotionnelles.
- Vous vous sentez mal à l’aise lorsque quelqu’un pleure devant vous.
- Vous changez rapidement de sujet lorsque l’on parle de vos sentiments.
- Vous avez tendance à plaisanter lorsque quelque chose devient trop émotionnel.
- Vous cherchez constamment à vous distraire.
- Vous avez du mal à dire non.
- Vous accumulez de la frustration avant d’exploser.
- Vous ne savez pas clairement identifier ce que vous ressentez.
- Vous avez l’impression d’être émotionnellement « coupé ».
Encore une fois, aucun de ces signes ne constitue à lui seul un diagnostic.
Ils peuvent simplement servir de points de départ pour mieux comprendre votre fonctionnement.
Comment commencer à exprimer ses émotions ?
La première erreur serait de vouloir tout exprimer immédiatement.
Si vous avez passé des années à cacher vos émotions, il est normal que les exprimer vous semble étrange ou inconfortable.
Commencez petit.
Vous pouvez par exemple remplacer « ça va » par une réponse légèrement plus précise.
« Je suis un peu fatigué aujourd’hui. »
« Cette conversation m’a contrarié. »
« Je suis content de ce qui vient de se passer. »
« Je ne suis pas très à l’aise avec cette situation. »
Ces phrases peuvent sembler simples.
Mais elles constituent déjà une forme d’expression émotionnelle.
Plus vous pratiquez, plus il peut devenir facile d’identifier ce que vous ressentez.
Apprendre à nommer ses émotions
Une méthode très simple consiste à enrichir votre vocabulaire émotionnel.
Au lieu de dire uniquement « je vais mal », essayez de préciser.
Êtes-vous triste ?
Déçu ?
Frustré ?
Inquiet ?
En colère ?
Honteux ?
Soulagé ?
Excité ?
Envieux ?
Se sentir capable de nommer une émotion ne la fait pas nécessairement disparaître, mais cela peut permettre de mieux comprendre son expérience.
Vous pouvez même utiliser une simple échelle de 0 à 10 pour évaluer l’intensité de ce que vous ressentez.
« Je suis inquiet à 7 sur 10. »
Cette précision permet parfois de mieux observer l’évolution de l’émotion.
Écrire ses émotions plutôt que les garder à l’intérieur
Lorsque parler est difficile, l’écriture peut constituer une première étape.
Prenez quelques minutes et écrivez sans chercher à produire un texte parfait.
Vous pouvez commencer par :
« En réalité, ce que je ressens aujourd’hui, c’est… »
Puis continuez sans censurer immédiatement vos pensées.
Vous pouvez également écrire :
- Ce qui m’a blessé…
- Ce qui m’a mis en colère…
- Ce dont j’aurais eu besoin…
- Ce que je n’ai jamais osé dire…
- Ce que j’aimerais pouvoir exprimer aujourd’hui…
Il n’est pas nécessaire de montrer ce texte à quelqu’un.
L’objectif peut simplement être de vous permettre d’identifier ce qui se passe intérieurement.
Exprimer une émotion ne signifie pas agir sous son influence
C’est une idée fondamentale.
Vous pouvez ressentir une colère intense sans insulter quelqu’un.
Vous pouvez ressentir de la peur sans fuir immédiatement.
Vous pouvez ressentir de la tristesse sans abandonner toutes vos activités.
Vous pouvez ressentir de la frustration sans attaquer la personne qui vous frustre.
Une émotion est une expérience intérieure.
Un comportement est une action.
Les deux sont liés, mais ils ne sont pas identiques.
Apprendre à exprimer ses émotions consiste notamment à créer un espace entre ce que l’on ressent et ce que l’on fait.
Cet espace permet de choisir sa réponse.
Pourquoi poser des limites peut libérer certaines émotions
Parfois, une émotion reste présente parce que la situation qui la provoque continue elle-même.
Si vous acceptez constamment des comportements qui vous blessent, votre colère ou votre frustration peut continuer à revenir.
Dans ce cas, il ne suffit pas toujours de « travailler sur ses émotions ».
Il peut également être nécessaire de modifier certains comportements et certaines relations.
Dire « je ne suis pas d’accord », « je ne souhaite pas faire cela » ou « cette manière de me parler ne me convient pas » peut être une manière beaucoup plus constructive de gérer une émotion que de la garder silencieusement jusqu’à l’explosion.
Et si vous avez peur de devenir trop émotionnel ?
Beaucoup de personnes craignent qu’en commençant à exprimer leurs émotions, elles ne puissent plus les contrôler.
Cette peur est compréhensible.
Mais reconnaître une émotion ne signifie pas nécessairement la rendre plus forte.
Au contraire, apprendre à l’identifier suffisamment tôt peut parfois permettre de mieux la gérer.
Une émotion que vous reconnaissez à 3 sur 10 peut être beaucoup plus facile à gérer qu’une émotion que vous avez ignorée jusqu’à ce qu’elle atteigne 10 sur 10.
L’objectif n’est donc pas de laisser les émotions prendre toute la place.
C’est d’apprendre à leur faire une place raisonnable.
Peut-on se libérer seul de ses émotions refoulées ?
Certaines personnes peuvent faire beaucoup de progrès seules grâce à l’introspection, à l’écriture, à la méditation, à la relaxation ou à des changements dans leur manière de communiquer.
Mais tout le monde n’a pas les mêmes besoins.
Lorsqu’une personne a vécu un traumatisme important, une enfance particulièrement difficile, des violences, des abus ou des événements qui continuent à provoquer une forte détresse, un accompagnement professionnel peut être préférable.
Un psychologue ou un psychiatre peut notamment aider à comprendre les mécanismes émotionnels et à travailler progressivement sur les difficultés rencontrées.
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être complètement dépassé pour demander de l’aide.
Attention aux promesses de « libération émotionnelle » instantanée
Internet regorge de méthodes promettant de libérer toutes les émotions bloquées en quelques minutes.
Certaines pratiques peuvent être relaxantes ou aider certaines personnes à mieux se connecter à leurs sensations.
Mais il faut être prudent avec les promesses absolues.
Une souffrance émotionnelle complexe ne disparaît pas nécessairement parce qu’une personne pleure, crie, tremble ou réalise un exercice particulier.
Il n’existe pas une technique unique qui conviendrait à tout le monde.
La récupération émotionnelle est souvent plus progressive : comprendre, ressentir, apprendre de nouvelles réponses, modifier certaines habitudes et développer davantage de sécurité intérieure.
Pourquoi certaines émotions sont-elles plus difficiles à exprimer que d’autres ?
Chaque émotion peut être associée à des croyances différentes.
Une personne peut considérer la tristesse comme acceptable mais avoir honte de sa colère.
Une autre peut facilement exprimer sa colère mais être incapable d’avouer qu’elle a peur.
Quelqu’un d’autre peut parler de sa peur mais être très mal à l’aise lorsqu’il doit exprimer son affection.
La difficulté dépend donc aussi de ce que l’on a appris sur chaque émotion.
Si vous avez grandi avec l’idée que « les hommes ne pleurent pas », la tristesse peut devenir difficile à exprimer.
Si vous avez appris qu’être gentil signifie toujours accepter, la colère peut devenir difficile à reconnaître.
Si vous avez été régulièrement critiqué, la fierté ou la satisfaction personnelle peuvent elles-mêmes sembler inconfortables.
Les émotions refoulées et les relations
La difficulté à exprimer ses émotions peut avoir un impact important sur les relations.
Lorsque vous ne dites pas ce que vous ressentez, l’autre doit deviner.
Il peut ne pas comprendre pourquoi vous êtes distant.
Il peut ne pas savoir que quelque chose vous a blessé.
Il peut croire que vous êtes d’accord alors que vous ne l’êtes pas.
Avec le temps, les non-dits peuvent créer du ressentiment.
Apprendre à exprimer une émotion avant qu’elle ne devienne une accumulation peut donc améliorer considérablement la communication.
Dire « cette remarque m’a blessé » est très différent de garder le silence pendant plusieurs semaines puis d’exploser.
Ce qu’il faut retenir sur les émotions refoulées
Les émotions refoulées ne sont pas nécessairement des émotions littéralement enfermées dans le corps.
Il est plus utile de comprendre ce phénomène comme une difficulté à reconnaître, exprimer, réguler ou accepter certaines expériences émotionnelles.
Cette difficulté peut venir de l’éducation, d’expériences douloureuses, de traumatismes, de croyances personnelles, de la peur du jugement ou simplement d’années passées à éviter certaines émotions.
Le premier changement consiste souvent à arrêter de considérer les émotions comme un problème qu’il faut immédiatement faire disparaître.
Une émotion peut être inconfortable sans être dangereuse.
Elle peut être intense sans être permanente.
Elle peut être douloureuse sans définir votre identité.
Et vous n’avez pas besoin de tout exprimer parfaitement dès le départ.
Vous pouvez commencer par une seule phrase.
« Je suis triste. »
« Je suis en colère. »
« J’ai peur. »
« Cette situation m’a blessé. »
« J’ai besoin d’aide. »
« Je ne suis pas d’accord. »
Ces phrases peuvent sembler simples, mais pour quelqu’un qui a passé des années à cacher ses émotions, elles peuvent représenter une véritable évolution.
Et si le problème n’était pas d’avoir trop d’émotions, mais de ne pas avoir appris à les écouter ?
Nous passons souvent beaucoup de temps à essayer de contrôler ce que nous ressentons.
Nous voulons être moins anxieux, moins tristes, moins en colère, moins sensibles.
Mais peut-être qu’une partie du problème vient aussi du fait que nous n’avons jamais vraiment appris à écouter nos émotions.
Une émotion n’est pas forcément une vérité absolue.
Elle ne signifie pas toujours que quelque chose est réellement dangereux.
Elle ne signifie pas non plus que vous devez agir immédiatement.
Mais elle peut vous donner une information sur votre état intérieur.
Apprendre à écouter cette information sans la laisser prendre le contrôle est une compétence qui peut se développer.
Et c’est souvent là que commence une relation beaucoup plus saine avec ses émotions.
Vous n’avez pas besoin de supprimer vos émotions pour être fort.
Vous n’avez pas besoin de ne jamais pleurer pour être solide.
Vous n’avez pas besoin de cacher votre vulnérabilité pour être digne de respect.
Et vous n’avez pas besoin de tout comprendre immédiatement.
Commencer à reconnaître ce que vous ressentez, mettre des mots dessus, comprendre ce qui déclenche certaines réactions et apprendre progressivement à les exprimer peut déjà changer profondément votre rapport à vous-même et aux autres.
Car finalement, le véritable objectif n’est pas de devenir quelqu’un qui ne ressent plus rien.
C’est de pouvoir ressentir ce qui se passe en vous sans avoir besoin de vous fuir vous-même.
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