Douleur persistante sans anomalie visible : comprendre les mécanismes possibles
Vous avez mal depuis des semaines, des mois, voire des années. Vous avez peut-être passé une IRM, une radiographie, un scanner ou plusieurs analyses. Pourtant, les résultats ne montrent aucune anomalie suffisamment importante pour expliquer ce que vous ressentez. Et plus le temps passe, plus une question revient : « Comment est-il possible d’avoir aussi mal alors qu’on ne trouve rien ? »
Cette situation peut être particulièrement déstabilisante. La douleur est bien réelle, elle peut perturber le sommeil, limiter vos déplacements, vous empêcher de travailler normalement ou vous faire renoncer à des activités que vous aimiez. Pourtant, lorsqu’aucune anomalie visible n’est retrouvée, vous pouvez avoir l’impression que votre souffrance devient difficile à expliquer, voire difficile à faire reconnaître.
Pourtant, une douleur persistante sans anomalie visible n’est pas nécessairement une douleur sans mécanisme. Une image médicale ne montre qu’une partie de ce qui se passe dans l’organisme. Elle ne permet pas de visualiser directement l’expérience douloureuse, la sensibilité du système nerveux, les mécanismes de modulation de la douleur ou l’ensemble des interactions entre le corps et le cerveau.
Dans certaines situations, une lésion initiale a pu guérir alors que la douleur persiste. Dans d’autres, les nerfs peuvent être impliqués, ou les mécanismes de traitement de la douleur peuvent être devenus plus sensibles. Des phénomènes nociplastiques peuvent également contribuer aux symptômes. Certaines conditions, comme la fibromyalgie, sont justement associées à des douleurs persistantes ou généralisées sans qu’une lésion structurelle unique puisse expliquer l’ensemble des symptômes.
Comprendre ces mécanismes peut changer complètement la manière d’interpréter une douleur chronique. Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer les symptômes ou renoncer à rechercher une cause médicale. Cela signifie qu’il existe plusieurs façons pour le corps de produire et de maintenir une douleur.
Une douleur persistante peut-elle être réelle sans anomalie visible ?
Oui. Et c’est probablement la première chose à retenir.
L’absence d’anomalie visible ne signifie pas l’absence de douleur.
Une IRM, une radiographie ou un scanner sont des outils permettant d’observer certaines structures du corps. Une analyse sanguine recherche certains paramètres biologiques. Ces examens sont extrêmement utiles, mais ils ne mesurent pas directement l’expérience douloureuse.
Imaginez que vous preniez une photographie d’une enceinte audio. Vous pouvez constater que l’enceinte semble parfaitement intacte. Pourtant, la qualité du son peut être mauvaise à cause d’un problème qui ne se voit pas sur la photographie.
La comparaison n’est évidemment pas parfaite, mais elle permet de comprendre une idée essentielle : l’apparence d’une structure et son fonctionnement ne sont pas toujours la même chose.
Le système de la douleur est particulièrement complexe. Il implique des récepteurs, des nerfs périphériques, la moelle épinière, différentes régions cérébrales et des mécanismes de modulation qui peuvent augmenter ou diminuer les signaux douloureux.
Une anomalie suffisamment importante pour expliquer la douleur n’est donc pas nécessairement visible sur un examen d’imagerie.
Pourquoi la douleur persiste-t-elle parfois après la guérison ?
Imaginez que votre douleur ait commencé après une blessure.
Au départ, il est parfaitement logique de considérer la blessure comme la cause principale. Un tissu a été endommagé, les récepteurs de la douleur ont été activés et votre organisme a déclenché une réponse protectrice.
Mais que se passe-t-il lorsque la blessure guérit ?
Dans de nombreux cas, la douleur diminue progressivement.
Mais parfois, elle persiste.
La personne peut alors penser : « Si j’ai toujours mal, c’est forcément que la blessure n’est pas guérie. »
Ce raisonnement n’est pas toujours correct.
Une douleur chronique peut devenir relativement indépendante de la lésion initiale. Le système nerveux a pu être exposé pendant longtemps à des signaux douloureux. La personne peut également avoir modifié sa manière de bouger, son activité physique, son sommeil et son comportement en réponse à la douleur.
Avec le temps, le mécanisme qui entretient la douleur peut devenir différent du mécanisme qui l’a déclenchée.
C’est une notion particulièrement importante lorsqu’une douleur persiste alors que les examens sont rassurants.
Le système nerveux peut-il devenir hypersensible ?
Oui.
Pour comprendre ce phénomène, imaginez une alarme de sécurité.
Son rôle est de vous avertir lorsqu’elle détecte un danger.
Si elle est correctement réglée, elle ne se déclenche que lorsqu’un événement suffisamment important se produit.
Mais imaginez qu’elle devienne extrêmement sensible.
Une petite vibration pourrait alors suffire à déclencher une alarme très forte.
Le bruit de l’alarme serait totalement réel.
Le problème serait simplement que le système de détection est devenu trop réactif.
Certaines douleurs persistantes peuvent être comprises en partie à travers cette logique.
Le système nerveux peut devenir plus sensible à certaines informations et produire une réponse douloureuse plus importante pour des stimulations qui auraient auparavant été mieux tolérées.
Une pression légère peut devenir douloureuse.
Un mouvement banal peut provoquer une poussée de symptômes.
Une activité physique relativement modérée peut entraîner une réaction importante.
Cette sensibilité accrue ne signifie pas que la douleur est imaginaire.
L’alarme fonctionne réellement. C’est sa sensibilité qui a changé.
Qu’est-ce que la douleur nociplastique ?
La douleur nociplastique est l’un des concepts les plus importants pour comprendre certaines douleurs persistantes sans anomalie visible suffisamment explicative.
Elle désigne une douleur associée à une altération de la nociception, sans preuve claire qu’un dommage tissulaire actuel ou menacé, ou qu’une lésion du système somatosensoriel, explique suffisamment la douleur.
Dit plus simplement, cela signifie que le fonctionnement du système de détection et de traitement de la douleur peut contribuer aux symptômes même lorsqu’une lésion structurelle évidente n’est pas retrouvée.
Ce mécanisme peut notamment être envisagé lorsque la douleur est :
- persistante ;
- diffuse ou généralisée ;
- difficile à relier à une seule structure ;
- associée à une hypersensibilité ;
- variable d’un jour à l’autre ;
- plus importante que ce que les anomalies observées permettraient d’expliquer.
Il est toutefois essentiel de ne pas transformer « examen normal » en diagnostic automatique de douleur nociplastique. Une douleur peut avoir plusieurs mécanismes simultanément, et une évaluation médicale est nécessaire pour déterminer ce qui est pertinent dans votre situation.
Douleur nociplastique et sensibilisation centrale : quelle différence ?
Ces deux expressions sont souvent utilisées ensemble, mais elles ne signifient pas exactement la même chose.
La sensibilisation centrale désigne notamment une augmentation de la réactivité du système nerveux central à certaines stimulations.
La douleur nociplastique est un terme utilisé pour décrire un mécanisme de douleur résultant d’une altération de la nociception lorsque les mécanismes nociceptifs ou neuropathiques ne permettent pas de suffisamment expliquer les symptômes.
Les deux notions peuvent donc être liées sans être parfaitement synonymes.
Ce qu’il faut surtout retenir est que le système nerveux ne se contente pas de transmettre passivement la douleur. Il participe à son traitement et à sa modulation.
La douleur neuropathique peut-elle exister sans anomalie évidente à l’imagerie ?
Oui, dans certaines situations.
La douleur neuropathique est associée à une lésion ou une maladie du système somatosensoriel.
Elle peut se manifester par des sensations très particulières :
- brûlure ;
- décharges électriques ;
- fourmillements ;
- picotements ;
- engourdissements ;
- sensation de courant ;
- douleur provoquée par un simple contact ;
- hypersensibilité dans une zone précise.
Selon la cause suspectée, l’examen clinique et parfois des examens spécialisés peuvent apporter des informations supplémentaires.
Une IRM normale ne signifie donc pas que tous les mécanismes nerveux possibles sont automatiquement exclus.
C’est pourquoi la description des sensations est particulièrement importante lorsque vous consultez.
Pourquoi la fibromyalgie peut-elle provoquer des douleurs sans lésion visible ?
La fibromyalgie constitue un exemple bien connu de condition pouvant provoquer des douleurs persistantes et généralisées sans qu’une lésion structurelle unique explique l’ensemble des symptômes.
Les personnes concernées peuvent ressentir des douleurs dans de nombreuses régions du corps, accompagnées parfois de fatigue, de sommeil non réparateur, de difficultés de concentration et d’une sensibilité accrue à certaines stimulations.
Ce caractère diffus explique en partie pourquoi les examens peuvent être frustrants.
Vous pouvez avoir mal au dos, aux épaules, aux bras, aux hanches et aux jambes sans qu’une anomalie anatomique unique puisse expliquer toutes ces sensations.
La fibromyalgie ne se diagnostique pas avec une simple IRM.
Le diagnostic repose sur une évaluation clinique, la nature des symptômes et leur évolution, avec une recherche d’autres causes lorsque cela est nécessaire.
Une imagerie normale ne signifie donc pas que les symptômes d’une personne atteinte de fibromyalgie ne sont pas réels.
Pourquoi le corps peut-il être douloureux sans inflammation ?
Beaucoup de personnes associent automatiquement douleur et inflammation.
Pourtant, toutes les douleurs ne sont pas inflammatoires.
Une inflammation peut provoquer douleur, chaleur, gonflement et autres signes selon la situation.
Mais une douleur peut également apparaître ou persister sans inflammation détectable.
Les mécanismes nerveux jouent notamment un rôle important.
Une personne peut donc ressentir une douleur musculaire, articulaire ou diffuse sans avoir une inflammation importante correspondant à ses symptômes.
C’est une raison supplémentaire pour laquelle une analyse sanguine normale ne signifie pas nécessairement que la douleur n’a aucune explication possible.
Pourquoi une petite anomalie visible ne signifie pas forcément qu’elle est responsable de la douleur
Il existe un autre piège fréquent.
Après plusieurs examens normaux, vous réalisez enfin une IRM et le compte rendu mentionne une anomalie.
Vous pensez immédiatement : « Voilà enfin la cause ! »
Mais une image médicale doit toujours être interprétée dans son contexte.
Certaines modifications anatomiques sont fréquentes chez des personnes qui n’ont aucune douleur.
Il faut donc déterminer si l’anomalie observée correspond à la localisation de vos symptômes, à leur nature et aux résultats de l’examen clinique.
Une image ne raconte jamais toute l’histoire.
Une anomalie peut être réelle sans être la cause principale de votre douleur.
Pourquoi la douleur peut-elle devenir plus forte avec le temps ?
Une douleur persistante peut parfois entrer dans un cercle difficile à interrompre.
Vous avez mal.
Vous bougez moins.
Votre condition physique diminue.
Vous dormez moins bien.
Vous devenez plus fatigué.
Vous vous inquiétez davantage.
Vous surveillez votre corps en permanence.
Chaque nouvelle sensation vous paraît importante.
Vous réduisez encore votre activité.
Et la douleur prend progressivement davantage de place dans votre vie.
Il ne s’agit pas nécessairement d’une aggravation de la maladie initiale.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer simultanément à maintenir le problème.
C’est précisément pour cette raison qu’une approche globale est souvent plus pertinente qu’une recherche exclusivement centrée sur une lésion.
Le sommeil peut-il amplifier une douleur persistante ?
Oui.
Le sommeil et la douleur entretiennent souvent une relation réciproque.
Une douleur peut empêcher de dormir.
Mais un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité peut également rendre la douleur plus difficile à gérer.
Vous pouvez alors vous retrouver dans un cercle :
douleur → mauvais sommeil → fatigue → sensibilité accrue → douleur plus difficile à supporter.
Si vous cherchez à comprendre pourquoi votre douleur persiste malgré des examens rassurants, la qualité de votre sommeil mérite donc d’être examinée.
Améliorer le sommeil ne fait pas disparaître toutes les douleurs, mais cela peut constituer une composante importante de la prise en charge.
Le stress peut-il entretenir une douleur persistante ?
Le stress chronique peut influencer plusieurs systèmes de l’organisme.
Il peut modifier le sommeil, augmenter la vigilance, influencer la tension musculaire et rendre certaines sensations plus difficiles à ignorer.
Lorsque vous avez mal depuis longtemps, vous pouvez également être constamment inquiet de l’évolution de votre état.
« Est-ce que je vais empirer ? »
« Est-ce que cette nouvelle douleur signifie quelque chose ? »
« Est-ce que j’ai une maladie que les médecins n’ont pas trouvée ? »
Cette inquiétude est parfaitement compréhensible.
Mais elle peut également maintenir un niveau élevé de vigilance corporelle.
Le but n’est pas de supprimer toutes les pensées négatives par la force.
Il peut plutôt être utile d’apprendre progressivement à ne pas interpréter chaque sensation comme une preuve de danger.
Pourquoi la peur du mouvement peut-elle maintenir la douleur ?
Si vous avez mal lorsque vous bougez, vous allez naturellement chercher à éviter ce mouvement.
Au début, cela peut être parfaitement raisonnable.
Mais si l’évitement devient permanent, votre corps peut perdre progressivement certaines capacités.
Vous devenez moins actif.
Vous avez moins confiance.
Votre endurance diminue.
Un effort ordinaire devient plus difficile.
Vous interprétez cette difficulté comme une preuve que votre corps est fragile.
Vous bougez encore moins.
Ce cercle peut contribuer au maintien du handicap et de la douleur chez certaines personnes.
Lorsque votre situation médicale le permet, une reprise progressive et adaptée peut aider à retrouver de la confiance dans les mouvements.
Pourquoi la douleur peut-elle être plus intense après une activité physique ?
Une augmentation temporaire des symptômes après une activité ne signifie pas nécessairement qu’une nouvelle lésion s’est produite.
Si votre corps est déconditionné, une activité relativement normale peut représenter une charge importante.
Le système nerveux peut également réagir de manière plus sensible lorsque vous vivez avec une douleur chronique.
C’est pourquoi il est généralement préférable d’éviter les deux extrêmes :
- ne plus rien faire par peur de la douleur ;
- faire énormément d’activités les jours où vous vous sentez mieux puis rester complètement au repos pendant plusieurs jours.
Une progression plus régulière peut être mieux tolérée dans de nombreuses situations.
Pourquoi l’hypervigilance peut-elle amplifier les sensations corporelles ?
Lorsque vous avez vécu longtemps avec une douleur inexpliquée, il est normal de surveiller votre corps.
Vous cherchez des indices.
Vous essayez de comprendre ce qui se passe.
Mais votre cerveau ne peut pas accorder la même importance à toutes les informations qu’il reçoit.
Lorsque votre attention est constamment dirigée vers une zone douloureuse, les sensations provenant de cette zone deviennent beaucoup plus présentes dans votre conscience.
Une stratégie utile peut donc consister à réapprendre progressivement à porter votre attention vers d’autres activités.
Lire, discuter, travailler, marcher, écouter de la musique ou pratiquer une activité agréable ne font pas nécessairement disparaître la douleur, mais peuvent empêcher celle-ci d’occuper toute votre attention.
Une douleur persistante signifie-t-elle que votre corps est en train de se détériorer ?
Pas forcément.
C’est probablement l’une des croyances les plus difficiles à abandonner lorsque l’on souffre depuis longtemps.
Vous pouvez penser :
« Si j’ai encore mal, c’est que quelque chose continue à se détériorer. »
Mais dans certaines douleurs chroniques, l’intensité des symptômes ne correspond pas directement à l’importance d’une lésion actuelle.
La douleur peut être influencée par de nombreux facteurs.
Une journée plus douloureuse ne signifie donc pas automatiquement qu’une nouvelle lésion s’est produite.
De la même manière, une journée moins douloureuse ne signifie pas nécessairement qu’une structure s’est soudainement réparée.
La douleur et les dommages tissulaires peuvent évoluer de manière différente.
Que faire lorsque la douleur persiste malgré des examens rassurants ?
La première étape consiste à vérifier que votre situation a été correctement évaluée.
Une douleur persistante ne doit pas être automatiquement attribuée à un mécanisme particulier simplement parce qu’une IRM est normale.
Votre médecin peut prendre en compte votre histoire, vos symptômes, l’examen clinique et les examens déjà réalisés afin de déterminer si d’autres investigations sont nécessaires.
Lorsque les causes pertinentes ont été suffisamment recherchées, l’objectif peut progressivement évoluer vers une prise en charge de la douleur elle-même.
Comprendre ce qui se passe
L’éducation à la douleur peut être particulièrement utile.
Comprendre qu’une douleur peut être réelle sans indiquer systématiquement une lésion active peut réduire certaines peurs.
Retrouver progressivement le mouvement
Lorsque cela est adapté à votre situation, reprendre progressivement des activités peut aider à reconstruire vos capacités physiques.
La progression doit être raisonnable et individualisée.
Améliorer le sommeil
Un sommeil plus régulier peut aider votre organisme à mieux gérer la fatigue et les symptômes.
Réduire la peur de la douleur
Le but n’est pas de ne plus ressentir aucune sensation avant de reprendre une activité.
Il peut être plus utile d’apprendre progressivement à distinguer douleur et danger.
Prendre en compte les facteurs émotionnels
Le stress, l’anxiété ou la frustration peuvent influencer la douleur, mais ils ne signifient pas que vous êtes responsable de celle-ci.
Ils constituent simplement des facteurs parmi d’autres qui peuvent être pris en compte dans une approche globale.
Quand faut-il consulter à nouveau malgré des examens précédemment normaux ?
Des examens rassurants ne signifient pas qu’il faut ignorer l’évolution de vos symptômes.
Une nouvelle évaluation médicale peut être nécessaire si la douleur change brutalement, devient nettement plus intense ou s’accompagne de symptômes nouveaux.
Une consultation rapide est notamment importante en cas de faiblesse nouvelle ou importante, de perte inhabituelle de sensibilité, de difficulté soudaine à marcher, de troubles nouveaux du contrôle de la vessie ou des intestins, de fièvre persistante associée à une altération importante de l’état général, de perte de poids inexpliquée ou de douleur extrêmement intense et brutale.
Ces symptômes ne signifient pas automatiquement qu’une maladie grave est présente, mais ils justifient une évaluation médicale adaptée.
Faut-il continuer à chercher une anomalie invisible ?
C’est une question très importante.
Lorsque vous souffrez depuis longtemps sans explication, il est normal de vouloir trouver une réponse définitive.
Vous pouvez passer d’un spécialiste à l’autre, multiplier les examens et chercher vos symptômes sur Internet pendant des heures.
Cette démarche peut être utile lorsqu’une cause pertinente n’a pas encore été correctement évaluée.
Mais lorsque les investigations appropriées sont rassurantes, continuer indéfiniment à rechercher une anomalie cachée peut parfois renforcer l’inquiétude.
Vous commencez à analyser chaque sensation.
Chaque douleur devient une alerte.
Chaque journée plus difficile semble annoncer une aggravation.
La douleur prend alors progressivement une place encore plus importante.
À un certain moment, il peut être plus utile de déplacer la question :
« Quelle lésion n’avons-nous pas encore trouvée ? »
vers :
« Quels mécanismes entretiennent ma douleur et que puis-je faire pour les modifier ? »
Comment savoir si votre douleur est plutôt nociceptive, neuropathique ou nociplastique ?
Les mécanismes de douleur peuvent être regroupés en grandes catégories, même si plusieurs peuvent coexister chez une même personne.
Douleur nociceptive
Elle est liée à l’activation des systèmes de détection de dommages potentiels ou réels dans les tissus. Une blessure, une inflammation ou certaines affections musculosquelettiques peuvent produire ce type de douleur.
Douleur neuropathique
Elle est liée à une lésion ou une maladie du système somatosensoriel. Les brûlures, décharges électriques, fourmillements ou engourdissements peuvent orienter vers ce mécanisme.
Douleur nociplastique
Elle correspond à une altération de la nociception lorsque les mécanismes nociceptifs ou neuropathiques ne permettent pas d’expliquer suffisamment la douleur. Elle peut être envisagée dans certains tableaux de douleur chronique diffuse ou persistante.
Ces catégories ne sont pas des cases parfaitement étanches.
Une même personne peut présenter plusieurs mécanismes simultanément.
C’est pourquoi l’objectif n’est pas nécessairement de trouver une seule étiquette, mais de comprendre l’ensemble du tableau.
FAQ sur la douleur persistante sans anomalie visible
Pourquoi ai-je mal alors que mon IRM est normale ?
Une IRM normale signifie qu’elle n’a pas identifié d’anomalie structurelle suffisamment explicative dans la région examinée. Elle ne mesure pas directement la douleur et n’exclut pas tous les mécanismes possibles, notamment certaines douleurs neuropathiques ou nociplastiques.
Une douleur sans lésion visible est-elle réelle ?
Oui. Une douleur peut être parfaitement réelle sans qu’une lésion structurelle soit visible. La douleur dépend de mécanismes complexes impliquant notamment le système nerveux et le cerveau.
Est-ce que la douleur nociplastique est « dans la tête » ?
Non. La douleur nociplastique correspond à un mécanisme biologique reconnu. Le fait que le système nerveux et le cerveau participent au traitement de la douleur ne signifie pas que les symptômes sont imaginaires.
Pourquoi ai-je mal partout sans inflammation ?
Une douleur généralisée n’est pas nécessairement causée par une inflammation. Certaines douleurs chroniques peuvent être liées à des mécanismes nerveux ou nociplastiques. La fibromyalgie est également associée à des douleurs généralisées sans inflammation expliquant nécessairement l’ensemble des symptômes.
Pourquoi ma douleur se déplace-t-elle ?
Une douleur qui change de localisation peut avoir plusieurs explications. Dans certaines douleurs chroniques diffuses, les symptômes peuvent fluctuer en fonction du sommeil, de la fatigue, de l’activité et d’autres facteurs de modulation de la douleur.
Le stress peut-il aggraver une douleur persistante ?
Oui. Le stress peut influencer le sommeil, la vigilance, la tension musculaire et la manière dont le système nerveux traite les sensations. Cela ne signifie pas que le stress est nécessairement la cause initiale de la douleur.
Pourquoi ai-je plus mal après une activité physique ?
Une activité inhabituelle ou trop importante par rapport à votre niveau actuel peut temporairement augmenter les symptômes. Cela ne signifie pas automatiquement qu’une nouvelle lésion s’est produite. Une progression graduelle peut parfois être mieux tolérée.
Est-ce que je peux aller mieux même si les examens ne montrent rien ?
Oui. Une évolution favorable est possible même lorsqu’aucune lésion unique n’a été identifiée. La récupération peut notamment passer par une diminution des symptômes, une amélioration du sommeil, une reprise progressive des activités et une réduction de la peur liée à la douleur.
Dois-je ignorer ma douleur si les examens sont normaux ?
Non. Une douleur persistante mérite d’être prise au sérieux. Un examen rassurant signifie simplement qu’une anomalie particulière n’a pas été retrouvée. Si vos symptômes changent ou s’accompagnent de nouveaux signes, une nouvelle évaluation médicale peut être nécessaire.
Conclusion : comprendre la douleur, même lorsqu’on ne voit rien
Une douleur persistante sans anomalie visible peut sembler incompréhensible, mais elle n’est pas forcément inexplicable.
Le piège consiste à croire que la douleur doit obligatoirement correspondre à une lésion que l’on pourrait voir sur une image médicale.
Dans la réalité, la douleur est beaucoup plus complexe.
Une blessure initiale peut guérir alors que la douleur persiste. Le système nerveux peut devenir plus sensible. Une douleur neuropathique peut être difficile à identifier avec une simple imagerie. Des mécanismes nociplastiques peuvent contribuer aux symptômes. Certaines conditions comme la fibromyalgie peuvent provoquer des douleurs généralisées sans qu’une anomalie structurelle unique explique l’ensemble du tableau.
Le sommeil, la fatigue, le stress, l’hypervigilance, la peur du mouvement et le déconditionnement peuvent également participer au maintien des symptômes.
Comprendre ces mécanismes ne revient pas à dire que « tout est dans votre tête ».
Au contraire.
Cela signifie que le corps possède plusieurs façons de produire une expérience douloureuse et que certaines d’entre elles ne sont pas directement visibles sur une IRM ou une analyse sanguine.
La question peut alors changer.
Au lieu de rechercher sans fin une lésion qui expliquerait chaque sensation, vous pouvez progressivement chercher à comprendre ce qui rend votre système de douleur aussi sensible et quels facteurs peuvent contribuer à l’entretenir.
Lorsque les causes médicales pertinentes ont été correctement évaluées, cette approche peut ouvrir de nouvelles possibilités : retrouver progressivement le mouvement, améliorer le sommeil, réduire la peur de la douleur, reprendre des activités importantes et reconstruire la confiance dans votre corps.
Vous pouvez avoir mal sans qu’une anomalie visible apparaisse sur vos examens. Et cela ne rend pas votre douleur moins réelle.
Une image normale ne raconte simplement pas toute l’histoire.
Et parfois, comprendre cette différence constitue justement le début d’une nouvelle façon d’aborder la douleur chronique.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas un diagnostic, un examen clinique ou un avis médical personnalisé. Une douleur persistante, nouvelle, inhabituelle ou qui s’aggrave doit être évaluée par un professionnel de santé. Des examens précédemment rassurants ne doivent pas conduire à ignorer l’apparition de nouveaux symptômes.
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