Pourquoi le cerveau continue-t-il à ressentir une douleur après la guérison ? C’est une question que se posent de nombreuses personnes qui vivent avec une douleur persistante. Une blessure semble avoir cicatrisé, l’inflammation a diminué, les examens peuvent être rassurants… et pourtant, la douleur est toujours là.
Cette situation peut être particulièrement déroutante. Vous pouvez avoir l’impression que quelque chose ne va pas dans votre corps, puisque la sensation douloureuse est bien réelle. Pourtant, lorsqu’on recherche une nouvelle lésion susceptible d’expliquer les symptômes, on ne trouve parfois rien de suffisamment important.
Alors, comment est-ce possible ?
La réponse se trouve en partie dans le fonctionnement du cerveau et du système nerveux. La douleur n’est pas simplement une mesure directe des dommages présents dans un tissu. Elle correspond à une expérience produite et modulée par le système nerveux à partir d’informations provenant du corps, mais également influencée par le contexte, les expériences passées, l’attention, les attentes, le stress et de nombreux autres facteurs.
Après une blessure, le système nerveux peut parfois rester particulièrement sensible alors même que les tissus ont récupéré. Le cerveau peut avoir appris à associer certaines sensations ou certains mouvements à une menace. Il peut alors continuer à déclencher une réponse douloureuse ou à amplifier les signaux provenant du corps.
Cela ne signifie absolument pas que la douleur est imaginaire ou « dans votre tête ». Elle est réelle. Ce qui peut avoir changé, c’est la manière dont le système nerveux traite et interprète les informations.
Dans cet article, nous allons comprendre pourquoi une douleur peut persister après la guérison, comment fonctionne la neuroplasticité, quel rôle joue la sensibilisation du système nerveux et pourquoi une meilleure compréhension de ces mécanismes peut changer votre manière d’aborder une douleur chronique.
Une blessure peut guérir alors que la douleur persiste
Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord abandonner une idée très intuitive : celle selon laquelle la douleur serait toujours directement proportionnelle à la quantité de dommages présents dans le corps.
En réalité, cette relation est beaucoup plus complexe.
Lorsqu’une blessure survient, les tissus peuvent envoyer des informations au système nerveux. Ces informations participent à la mise en place d’une réponse protectrice : vous avez mal, vous limitez vos mouvements et vous protégez naturellement la zone concernée.
Cette douleur est utile.
Elle vous encourage à éviter temporairement certaines activités qui pourraient aggraver la situation.
Mais la guérison des tissus et la modification du fonctionnement du système nerveux ne se produisent pas forcément exactement au même rythme.
Une blessure peut donc avoir suffisamment récupéré tandis que le système nerveux reste sensibilisé.
La douleur peut alors devenir plus persistante que la lésion qui l’a initialement déclenchée.
La douleur n’est pas simplement un reflet des dommages
Imaginez deux personnes présentant une anomalie similaire sur une radiographie ou une IRM.
L’une ne ressent presque aucune douleur.
L’autre souffre quotidiennement.
Comment expliquer cette différence ?
Si la douleur était uniquement une mesure des dommages physiques, les deux personnes devraient ressentir exactement la même chose.
Mais ce n’est pas le cas.
Le système nerveux interprète les informations provenant du corps. Cette interprétation est influencée par de nombreux éléments.
Le cerveau peut notamment tenir compte de l’expérience passée, du contexte dans lequel une sensation apparaît, du niveau de stress, de l’attention portée au corps et du degré de menace perçu.
La douleur est donc une expérience beaucoup plus complexe qu’un simple « signal de blessure ».
Une douleur intense ne signifie pas nécessairement qu’un dommage important est actuellement en train de se produire.
De la même manière, l’absence d’une lésion visible ne signifie pas que la personne ne souffre pas.
Le cerveau joue le rôle d’un centre d’interprétation
On imagine souvent que le corps envoie un message au cerveau et que celui-ci se contente de le recevoir.
En réalité, le cerveau participe activement au traitement de l’information.
Il reçoit constamment des informations provenant des muscles, de la peau, des articulations, des organes et des nerfs.
Mais il doit déterminer ce que ces informations signifient.
Est-ce dangereux ?
Est-ce normal ?
Est-ce une menace qui nécessite une réaction immédiate ?
Est-ce une sensation déjà connue et sans conséquence ?
Le cerveau utilise son expérience pour répondre à ces questions.
C’est notamment pour cette raison qu’une même sensation peut être vécue très différemment selon les circonstances.
La douleur fonctionne comme un système d’alarme
Une métaphore particulièrement utile consiste à comparer la douleur à une alarme de sécurité.
Imaginez une alarme incendie installée dans une maison.
Son rôle est de détecter un danger et de vous prévenir.
Lorsqu’un véritable incendie se produit, cette alarme est extrêmement précieuse.
Mais imaginez qu’après plusieurs incidents, elle devienne extrêmement sensible.
Elle se déclencherait alors lorsqu’une personne fait simplement griller du pain.
L’alarme n’est pas forcément cassée.
Elle fonctionne.
Elle essaie même de remplir son rôle de protection.
Mais son seuil de déclenchement est devenu trop bas.
Certains mécanismes de la douleur chronique peuvent être compris de manière similaire.
Le système nerveux peut devenir tellement protecteur qu’il déclenche une réponse douloureuse alors que le niveau de danger réel est faible.
Cette métaphore ne permet pas d’expliquer toutes les douleurs chroniques, mais elle aide à comprendre pourquoi une douleur peut parfois persister après la guérison d’une blessure.
Qu’est-ce que la neuroplasticité ?
La neuroplasticité désigne la capacité du cerveau et du système nerveux à modifier leur fonctionnement en fonction des expériences.
Cette capacité est essentielle à notre quotidien.
Grâce à la neuroplasticité, nous pouvons apprendre à jouer d’un instrument, mémoriser des informations, développer de nouvelles compétences et nous adapter à notre environnement.
Mais le système nerveux peut également apprendre des associations liées à la douleur.
Lorsqu’une personne souffre pendant une longue période, son cerveau peut progressivement apprendre que certaines sensations ou certains mouvements sont associés à une menace.
Une posture peut devenir inquiétante.
Un mouvement peut devenir redouté.
Une sensation normale peut attirer immédiatement l’attention.
Le système nerveux peut devenir plus vigilant.
La douleur peut ainsi être entretenue par des mécanismes d’apprentissage, même lorsque la blessure initiale n’est plus le principal facteur responsable des symptômes.
Pourquoi le cerveau garde-t-il en mémoire une ancienne blessure ?
Le cerveau est conçu pour apprendre des expériences dangereuses.
Imaginez que vous vous brûliez en touchant une casserole.
Votre cerveau va mémoriser cette expérience afin que vous soyez plus prudent la prochaine fois.
C’est extrêmement utile.
La mémoire du danger permet d’éviter de reproduire certaines erreurs.
Le problème peut apparaître lorsque cette association reste très forte alors que la situation a changé.
Après une blessure, votre cerveau peut apprendre : « Ce mouvement est dangereux ».
Des semaines ou des mois plus tard, les tissus peuvent être guéris, mais l’association peut rester présente.
Lorsque vous réalisez à nouveau le mouvement, votre système nerveux peut déclencher une réponse de protection.
Vous pouvez alors ressentir une douleur, une tension ou une appréhension.
Le cerveau ne cherche pas nécessairement à vous faire souffrir : il cherche à vous protéger.
Il peut simplement être devenu excessivement prudent.
La sensibilisation du système nerveux peut maintenir la douleur
La sensibilisation du système nerveux constitue un autre mécanisme important dans certaines douleurs persistantes.
Lorsqu’un système nerveux devient sensibilisé, il peut répondre plus fortement à certaines informations.
Une stimulation normalement tolérée peut devenir inconfortable.
Un mouvement léger peut provoquer une sensation importante.
Une pression modérée peut être ressentie comme douloureuse.
Une douleur déjà présente peut devenir plus facile à déclencher.
Cette hypersensibilité peut donner l’impression que le corps est devenu « fragile » ou que quelque chose se détériore constamment.
Pourtant, le mécanisme peut parfois être différent.
Le système de détection et de protection est devenu plus réactif.
La douleur est donc réelle, mais son intensité ne reflète pas nécessairement la quantité de dommages présents dans les tissus au moment où elle est ressentie.
Allodynie : quand un contact normalement indolore devient douloureux
L’allodynie illustre particulièrement bien la complexité du traitement de la douleur.
Elle correspond à une douleur provoquée par une stimulation qui n’est normalement pas douloureuse.
Chez certaines personnes, le contact d’un vêtement avec la peau peut devenir désagréable ou douloureux.
Un effleurement léger peut être perçu comme une brûlure.
Le simple contact d’une couverture peut parfois provoquer une sensation inhabituelle.
Ces phénomènes montrent que la relation entre stimulation physique et douleur n’est pas toujours directe.
Le système nerveux joue un rôle déterminant dans la manière dont la sensation est interprétée.
Hyperalgésie : pourquoi une douleur peut-elle devenir plus intense ?
L’hyperalgésie désigne une sensibilité accrue à une stimulation qui est déjà normalement douloureuse.
Une stimulation douloureuse peut ainsi produire une réponse beaucoup plus forte qu’auparavant.
Ces phénomènes peuvent apparaître dans différentes situations médicales et ne suffisent pas à eux seuls à expliquer une douleur chronique.
Ils illustrent cependant une réalité importante : le système nerveux peut modifier la manière dont il traite les informations douloureuses.
La sensation que vous ressentez est réelle.
Mais elle peut être amplifiée par le fonctionnement du système nerveux.
Pourquoi la peur de se faire mal peut-elle entretenir la douleur ?
Après une blessure douloureuse, il est naturel d’avoir peur de recommencer certaines activités.
Vous pouvez penser :
« Si je fais ce mouvement, je vais peut-être me blesser à nouveau. »
Vous évitez donc le mouvement.
Puis un autre.
Et progressivement, votre univers d’activités peut se réduire.
Vous ne faites plus de sport.
Vous évitez certaines positions.
Vous limitez les déplacements.
Vous demandez parfois de l’aide pour des activités que vous faisiez auparavant seul.
Cette prudence peut sembler logique.
Mais lorsque les tissus sont guéris et que certaines activités sont devenues sûres, l’évitement prolongé peut contribuer à maintenir la peur du mouvement.
Vous avez de moins en moins d’occasions de constater que votre corps est capable de bouger sans subir de dommage.
Un cercle vicieux peut alors apparaître :
douleur → peur → évitement → perte de confiance → hypersensibilité → douleur.
Le cerveau peut-il anticiper la douleur ?
Oui.
Le cerveau est un organe prédictif.
Il ne se contente pas d’analyser ce qui se passe maintenant. Il essaie également de prévoir ce qui va arriver.
Si une activité a provoqué une douleur importante dans le passé, votre cerveau peut commencer à l’associer à une menace.
Vous pouvez alors ressentir de l’appréhension avant même de commencer l’activité.
Votre corps peut se tendre.
Votre attention se concentre sur la zone concernée.
Vous surveillez le moindre signal.
Une sensation normale peut alors prendre une importance considérable.
L’anticipation du danger peut donc participer à l’expérience douloureuse.
Pourquoi l’attention portée à la douleur peut-elle l’amplifier ?
Imaginez que vous ressentiez une petite démangeaison.
Si vous êtes occupé à discuter avec quelqu’un, vous pouvez l’oublier quelques secondes plus tard.
Mais si vous vous concentrez entièrement dessus, vous pouvez avoir l’impression qu’elle devient beaucoup plus intense.
La douleur peut fonctionner de manière similaire.
Lorsque vous êtes constamment attentif à votre corps, vous détectez davantage de sensations.
Vous remarquez chaque changement.
Vous testez régulièrement la zone douloureuse.
Vous vous demandez si la douleur est plus forte qu’hier.
Cette hypervigilance peut donner encore plus d’importance aux signaux corporels.
Il ne s’agit pas de dire que l’attention « crée » volontairement la douleur.
Elle peut plutôt influencer la manière dont votre cerveau traite et priorise les sensations.
Le stress peut-il maintenir une douleur après la guérison ?
Le stress est un autre facteur qui peut influencer le système de traitement de la douleur.
Lorsque vous êtes stressé, votre organisme augmente naturellement son niveau de vigilance.
Cette réaction est utile lorsqu’elle est temporaire.
Mais lorsque le stress devient chronique, vous pouvez rester dans un état d’alerte plus important.
Vous pouvez alors devenir plus sensible aux sensations corporelles.
Une tension musculaire peut devenir plus perceptible.
Une douleur existante peut sembler plus intense.
Vous pouvez également dormir moins bien, bouger moins et vous inquiéter davantage.
Plusieurs facteurs peuvent alors s’entretenir mutuellement.
Le stress n’est donc pas nécessairement la cause de la douleur, mais il peut contribuer à augmenter la sensibilité du système nerveux chez certaines personnes.
Le sommeil peut modifier la perception de la douleur
La relation entre sommeil et douleur est également importante.
Lorsque vous dormez mal, votre capacité à gérer les sensations désagréables peut diminuer.
Vous pouvez devenir plus sensible et plus irritable.
La fatigue peut également réduire votre activité physique et votre capacité à faire face aux symptômes.
La douleur peut ensuite perturber davantage votre sommeil.
Un cercle vicieux peut apparaître :
douleur → mauvais sommeil → fatigue → sensibilité accrue → douleur plus difficile à supporter.
C’est pourquoi une approche de la douleur chronique ne devrait pas se limiter à rechercher une lésion locale.
Le fonctionnement global de l’organisme mérite également d’être pris en considération.
Pourquoi les examens peuvent-ils être normaux alors que vous avez toujours mal ?
Cette question est extrêmement importante.
Si une IRM ou une radiographie ne montre rien d’alarmant, certaines personnes pensent immédiatement : « Alors je n’ai rien. »
Mais ce raisonnement est trop simpliste.
Un examen médical peut rechercher certaines anomalies structurelles, mais il ne mesure pas directement l’expérience douloureuse.
Une imagerie normale ne signifie donc pas nécessairement que tous les mécanismes possibles de douleur sont absents.
De même, une anomalie visible sur une image ne signifie pas automatiquement qu’elle est responsable de la douleur.
Les images médicales et l’expérience douloureuse sont deux choses différentes.
Un examen rassurant peut être une excellente nouvelle sans pour autant nier vos symptômes.
Douleur chronique et douleur nociplastique
Le concept de douleur nociplastique permet également de mieux comprendre certaines douleurs persistantes.
La douleur nociplastique correspond à certaines situations dans lesquelles une altération de la nociception contribue à la douleur alors qu’une lésion tissulaire ou nerveuse clairement responsable ne suffit pas à expliquer les symptômes.
Dans ces situations, les mécanismes de traitement de la douleur par le système nerveux peuvent occuper une place importante.
Une personne peut ressentir une douleur persistante, parfois diffuse, avec une sensibilité accrue à différentes stimulations.
Le terme ne signifie pas que la douleur est psychologique.
Il décrit au contraire un mécanisme biologique impliquant le système de détection et de traitement des informations douloureuses.
Le cerveau ne « fabrique » pas volontairement votre douleur
Il est essentiel de faire une distinction.
Dire que le cerveau participe à la douleur ne signifie pas qu’il décide consciemment de vous faire souffrir.
Vous ne choisissez pas d’avoir mal.
Vous ne contrôlez pas volontairement chaque mécanisme impliqué dans la perception douloureuse.
Lorsque le système nerveux produit une expérience douloureuse, cette expérience est véritablement ressentie.
Vous pouvez donc souffrir énormément même si les examens ne montrent pas une lésion proportionnelle à l’intensité de vos symptômes.
Une douleur sans lésion évidente n’est pas une douleur imaginaire.
C’est probablement l’un des messages les plus importants à retenir.
Pourquoi le cerveau continue-t-il parfois à protéger une zone déjà guérie ?
Parce qu’il préfère souvent éviter une menace plutôt que prendre le risque de l’ignorer.
Du point de vue de la survie, il est préférable que le système de protection soit parfois trop prudent plutôt que pas assez.
Imaginez deux situations.
Dans la première, votre système nerveux détecte une menace qui n’existe finalement pas et déclenche une douleur inutile.
Dans la seconde, il ignore une véritable menace et ne déclenche aucune protection.
La seconde situation pourrait être beaucoup plus dangereuse.
Le cerveau peut donc fonctionner avec une certaine marge de sécurité.
Après une blessure importante, il peut rester particulièrement prudent pendant un certain temps.
Chez certaines personnes, cette vigilance peut persister beaucoup plus longtemps qu’elle ne serait nécessaire.
Une poussée de douleur signifie-t-elle forcément une nouvelle blessure ?
Pas nécessairement.
Une personne souffrant de douleur chronique peut connaître des fluctuations importantes.
Un jour peut être relativement bon.
Le lendemain, les symptômes peuvent augmenter fortement.
Cette variation peut être très anxiogène.
Vous pouvez immédiatement penser : « Je me suis à nouveau abîmé. »
Pourtant, une poussée peut être influencée par différents facteurs, notamment la fatigue, le stress, le sommeil, l’activité physique et la sensibilité du système nerveux.
Une augmentation temporaire de la douleur n’est donc pas automatiquement synonyme de nouvelle lésion.
Bien entendu, une douleur nouvelle ou accompagnée de symptômes inhabituels doit être évaluée en fonction de votre situation.
Mais lorsque vous connaissez déjà votre douleur chronique, apprendre à distinguer augmentation des symptômes et aggravation des tissus peut être très utile.
Peut-on « rééduquer » un cerveau qui a appris la douleur ?
La neuroplasticité offre une perspective encourageante.
Le système nerveux n’est pas figé.
Il peut modifier son fonctionnement.
Si certaines expériences ont renforcé l’association entre mouvement et danger, de nouvelles expériences peuvent progressivement modifier cette association.
Par exemple, une reprise progressive d’une activité peut permettre au cerveau d’apprendre que certains mouvements sont sûrs.
Une meilleure compréhension des mécanismes de la douleur peut également réduire certaines peurs.
Le fait de constater progressivement que vous pouvez bouger sans subir de dommage peut contribuer à reconstruire la confiance.
La récupération ne consiste donc pas nécessairement à « combattre » le cerveau, mais plutôt à lui fournir de nouvelles informations de sécurité.
Pourquoi il ne faut pas forcer brutalement malgré la douleur
Comprendre le rôle du cerveau ne signifie pas qu’il faut ignorer la douleur ou se forcer coûte que coûte.
Certaines douleurs signalent effectivement une blessure ou une condition nécessitant une adaptation.
Une reprise trop brutale peut également être contre-productive.
Lorsqu’une activité est appropriée, une progression graduelle est généralement plus logique qu’un retour immédiat à un niveau d’effort maximal.
Le principe consiste à reconstruire progressivement les capacités et la confiance.
Un professionnel de santé peut vous aider à déterminer quelles activités sont adaptées à votre situation et comment les reprendre.
Comment aider progressivement le système nerveux à se sentir en sécurité ?
Il n’existe pas de méthode universelle permettant de faire disparaître instantanément une douleur chronique.
La prise en charge dépend toujours de la cause, des symptômes et de l’état général de la personne.
Cependant, lorsque les examens ont permis d’écarter une cause nécessitant un traitement spécifique, plusieurs axes peuvent être utiles.
Comprendre la douleur
Comprendre qu’une douleur ne reflète pas toujours directement les dommages tissulaires peut réduire certaines peurs.
Reprendre progressivement le mouvement
Lorsque cela est approprié, reprendre progressivement des activités peut aider à restaurer les capacités physiques et la confiance.
Réduire l’hypervigilance
Vous pouvez progressivement essayer de porter moins d’attention à chaque sensation corporelle et davantage à vos activités quotidiennes.
Améliorer le sommeil
Une meilleure qualité de sommeil peut contribuer à une meilleure gestion de la douleur et de la fatigue.
Gérer le stress
Les techniques de relaxation, la respiration, l’activité physique adaptée et différentes approches psychologiques peuvent aider certaines personnes à mieux gérer les facteurs qui amplifient leurs symptômes.
Reconstruire la confiance dans le corps
Lorsque la peur du mouvement est importante, l’objectif peut être de réintroduire progressivement les activités évitées plutôt que de chercher à tout faire immédiatement.
La douleur chronique n’est pas forcément synonyme de dommages permanents
C’est un message particulièrement important.
Lorsque vous souffrez depuis longtemps, il est facile de penser que votre corps est en train de se détériorer continuellement.
Chaque nouvelle douleur peut sembler confirmer cette hypothèse.
Pourtant, dans certaines situations, la persistance de la douleur reflète davantage une modification du fonctionnement du système nerveux qu’une détérioration continue des tissus.
Une douleur chronique n’est donc pas automatiquement la preuve que votre corps est constamment en train de subir de nouveaux dommages.
Cette distinction peut modifier considérablement votre manière de réagir aux symptômes.
Quand faut-il consulter malgré tout ?
Comprendre les mécanismes cérébraux de la douleur ne signifie surtout pas qu’il faut attribuer automatiquement toute douleur persistante au système nerveux.
Une nouvelle douleur, une douleur qui change fortement de caractéristiques ou l’apparition de nouveaux symptômes peuvent nécessiter une évaluation médicale.
Il est notamment important de consulter rapidement en cas de faiblesse nouvelle ou progressive, de perte inhabituelle de sensibilité, de fièvre associée à la douleur, de gonflement important, de traumatisme significatif, de douleur qui s’aggrave rapidement ou de nouveaux symptômes neurologiques.
De manière générale, si une douleur persistante n’a jamais été évaluée correctement, il est préférable d’en parler avec un professionnel de santé.
Comprendre la neuroplasticité et la sensibilisation ne remplace pas le diagnostic médical.
Les 10 idées essentielles à retenir
- Une blessure peut guérir alors que la douleur persiste.
- La douleur n’est pas toujours proportionnelle à la quantité de dommages présents dans les tissus.
- Le cerveau participe activement à la production et à la modulation de l’expérience douloureuse.
- La neuroplasticité permet au système nerveux d’apprendre et de modifier ses réponses.
- Une douleur prolongée peut contribuer à une hypersensibilité du système nerveux.
- La peur du mouvement peut favoriser l’évitement et contribuer à maintenir certains symptômes.
- L’hypervigilance peut rendre les sensations corporelles plus présentes et plus importantes.
- Le stress et le manque de sommeil peuvent amplifier la perception de la douleur chez certaines personnes.
- Une douleur sans lésion identifiable n’est pas une douleur imaginaire.
- Le système nerveux possède une capacité d’adaptation : le fait qu’il ait appris une réponse douloureuse ne signifie pas nécessairement qu’elle est irréversible.
Conclusion : pourquoi le cerveau continue-t-il à ressentir une douleur après la guérison ?
Le cerveau peut continuer à ressentir une douleur après la guérison parce que la douleur ne dépend pas uniquement de l’état actuel des tissus.
Lorsqu’une blessure survient, la douleur joue un rôle essentiel de protection. Elle pousse à protéger la zone et à éviter certains mouvements. Mais lorsque la blessure guérit, le système nerveux ne revient pas nécessairement instantanément à son fonctionnement initial.
Il peut avoir appris que certains mouvements, certaines sensations ou certaines régions du corps représentent une menace.
La neuroplasticité peut renforcer ces associations. La sensibilisation peut rendre le système nerveux plus réactif. La peur, l’évitement, l’hypervigilance, le stress et le manque de sommeil peuvent ensuite contribuer à entretenir le problème.
Vous pouvez alors vous retrouver dans une situation paradoxale : vous avez réellement mal, mais la douleur ne signifie pas nécessairement qu’une nouvelle blessure est en train de se produire.
C’est précisément ce qui rend certaines douleurs chroniques si difficiles à comprendre.
Votre douleur est réelle.
Votre cerveau ne l’invente pas.
Votre système nerveux tente de vous protéger.
Mais dans certaines situations, son système d’alarme peut devenir excessivement sensible.
La bonne nouvelle est que cette histoire ne s’arrête pas nécessairement là.
Le cerveau possède une capacité remarquable à apprendre, mais également à désapprendre certaines associations et à s’adapter à de nouvelles expériences. Lorsque la situation médicale le permet, une reprise progressive du mouvement, une meilleure compréhension des mécanismes de la douleur, un travail sur la peur et l’hypervigilance, une amélioration du sommeil et une réduction des facteurs de stress peuvent contribuer à modifier progressivement l’environnement dans lequel fonctionne le système nerveux.
Il ne s’agit donc pas de se convaincre que « tout est dans la tête ».
Il s’agit de comprendre quelque chose de beaucoup plus subtil : la douleur est une expérience produite par un système de protection extrêmement complexe, et ce système peut parfois continuer à envoyer une alerte alors que le danger initial a disparu.
Comprendre cette différence entre douleur et dommage peut être une étape importante pour les personnes qui vivent avec une douleur persistante.
Une douleur qui persiste après la guérison n’est pas forcément la preuve que votre corps est cassé.
Elle peut parfois être le signe que votre système nerveux a besoin de nouvelles informations lui permettant de retrouver progressivement un sentiment de sécurité.
Votre corps peut avoir guéri plus vite que votre système d’alarme.
Et cette distinction, à elle seule, peut changer profondément la manière dont vous comprenez votre douleur chronique et les possibilités de récupération.
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